Retraite

Rente ou capital : cinq questions avant de signer

Le choix se fait une fois, souvent des mois avant le départ, et il ne se défait pas. Cinq questions suffisent à le rendre chiffrable.

Avant la retraite, la caisse de pension demande de choisir : rente, capital, ou un mélange des deux. Derrière ce choix, vingt ou trente ans de revenus. Beaucoup de règlements exigent une réponse à l'avance — souvent plusieurs mois, parfois des années —, et une rente commencée ne se transforme plus en capital.

Il n'y a pas de bonne réponse universelle. Il y a en revanche cinq questions qui la font apparaître pour vous.

1. Quel est votre vrai taux de conversion ?

Le taux de conversion transforme l'avoir en rente annuelle. Le taux légal de 6,8 % ne s'applique qu'à la part obligatoire de l'avoir ; sur l'ensemble, beaucoup de caisses appliquent entre 5 et 6 %. C'est le chiffre qui pèse le plus : plus il est bas, plus la rente est maigre, et plus le capital devient intéressant.

Exemple · 500'000 francs, personne seule, Lausanne

30'000 francs d'autres revenus imposables. Le capital est placé à 2 % net, et l'on en retire chaque année exactement ce qu'il faut pour toucher le même revenu net que le rentier. Jusqu'à quel âge tient-il ?

Taux de conversionRente annuelleLe capital tient jusqu'à
5 %CHF 25'00095 ans
5,5 %CHF 27'50092 ans
6 %CHF 30'00089 ans
6,8 %CHF 34'00085 ans

Avec un taux de 6,8 %, le capital s'épuise à l'espérance de vie moyenne d'un homme de 65 ans : la rente est clairement la meilleure assurance. À 5 %, il tient jusqu'à 95 ans.

2. Combien le fisc prend-il de chaque côté ?

Le capital est imposé une seule fois, à part de vos autres revenus, à un cinquième des barèmes ordinaires. Sur 500'000 francs, une personne seule paie environ 37'600 francs à Eclépens et 42'600 à La Praz, les deux extrêmes vaudois — 7,5 à 8,5 %.

La rente, elle, est un revenu : elle s'ajoute à l'AVS et se paie au taux marginal, chaque année. Dans l'exemple, une rente de 27'500 francs coûte environ 5'800 francs d'impôt par an à Lausanne, soit 21 %. En sept ans, le rentier a payé autant que le retrait en capital en une fois.

Le capital a lui aussi un coût fiscal continu : le revenu des placements et la fortune sont imposés, ce qui retire couramment 0,5 à 1 point par an au rendement. C'est pourquoi l'exemple raisonne en rendement net.

3. Qui dépend de vous ?

La rente s'arrête à votre décès. Si vous êtes marié, la loi prévoit, sur la part obligatoire, une rente de conjoint survivant de 60 % de votre rente de vieillesse — à certaines conditions, et votre règlement dit ce qu'il en est pour le tout. Après le conjoint, il ne reste rien.

Le capital, lui, se transmet. Dans l'exemple à 5,5 %, il reste environ 144'000 francs à 85 ans. C'est souvent l'argument décisif pour qui veut laisser quelque chose — et un argument faible pour qui n'a personne à qui laisser.

4. Supporteriez-vous une mauvaise année de bourse ?

Un rendement de 2 % en moyenne n'est pas 2 % chaque année. Et une forte baisse au début de la retraite fait beaucoup plus de dégâts que la même baisse quinze ans plus tard, parce qu'on continue de retirer sur un capital amputé.

Exemple · le même capital, trois rendements

À 0,5 % net par an, le capital de l'exemple s'épuise à 87 ans. À 2 %, à 92 ans. À 3,5 %, il n'est pas épuisé à 100 ans. Le retrait de la première année représente 4,7 % du capital : au-dessus de 4 %, un capital finit presque toujours par s'épuiser, la question devient « à quel âge ».

5. Et si vous preniez les deux ?

La plupart des caisses permettent un mélange. Comme l'impôt sur le capital est progressif, retirer la moitié coûte proportionnellement moins : dans l'exemple, 17'400 francs sur 250'000, soit 6,9 % au lieu de 8,4 %. La rente restante couvre une partie des dépenses, et le capital n'a plus à fournir que 10'600 francs par an — il tient alors jusqu'à 93 ans à 2 %.

La règle · deux contraintes à connaître

Le retrait en capital se fait en trois étapes au plus, chaque année civile comptant pour une étape (art. 13a LPP). Et tout rachat volontaire des trois dernières années interdit de retirer en capital sans perdre la déduction fiscale du rachat.

À retenir

Un taux de conversion bas, une commune chère et une bonne santé poussent vers le capital. Un conjoint à protéger, peu d'autres revenus et la peur des marchés poussent vers la rente. Faites le calcul avec vos chiffres dans l'outil Rente ou capital — il donne l'âge auquel votre capital tiendrait, commune par commune.