Retraite
La retraite par capitalisation : comment votre épargne devient une rente
Dans le 2e pilier et le 3a, votre retraite n'est pas payée par ceux qui travaillent après vous : vous l'épargnez vous-même, avec votre employeur, et l'argent travaille pendant quarante ans. Comment l'épargne devient une rente, ce que rapportent les intérêts, ce qui peut mal tourner, et comment font dix autres pays.
Il y a deux façons de payer une retraite. La première, celle de l'AVS, s'appelle la répartition : les cotisations de ce mois paient les rentes de ce mois. La seconde, celle du 2e pilier et du 3a, s'appelle la capitalisation : chacun épargne pour lui-même, sur un compte à son nom, et l'argent placé rapporte des intérêts jusqu'à la retraite. La première partie du dossier sur les trois piliers compare les deux. Cet article suit la seconde de bout en bout : d'où vient l'argent, ce qu'il rapporte, comment il devient une rente, et ce qui peut mal tourner.
Le principe : épargner pour soi-même
Capitaliser, c'est mettre de l'argent de côté et laisser les intérêts s'ajouter au capital, année après année. Les intérêts de la deuxième année se calculent sur le capital et sur les intérêts de la première : ce sont les intérêts composés. Sur quarante ans, l'effet devient considérable.
Dans la prévoyance suisse, deux piliers fonctionnent ainsi :
- Le 2e pilier, la caisse de pension (LPP). Obligatoire pour les salariés qui gagnent plus de 22'680 francs par an chez un employeur. La caisse tient pour vous un compte, l'avoir de vieillesse, que vous retrouvez sur votre certificat de prévoyance.
- Le 3a, la prévoyance individuelle liée. Facultatif : vous ouvrez vous-même un compte, un dépôt de titres ou une assurance, et vous y versez jusqu'à 7'258 francs par an en 2026 si vous avez une caisse de pension.
Dans les deux cas, l'argent est à votre nom, mais il est bloqué : il ne sort qu'à la retraite, ou dans les cas que la loi prévoit (acheter le logement qu'on habite, se mettre à son compte, quitter la Suisse). C'est le prix de la capitalisation : un argent qui doit rester placé longtemps pour rapporter.
Trois cotisants, et le troisième est le temps
Votre avoir LPP grossit de trois sources. L'Office fédéral des assurances sociales (OFAS) le dit en une phrase : le capital d'épargne est constitué « des cotisations des salariés et des employeurs ainsi que des revenus de la fortune (troisième cotisant) ».
- Vous, par la retenue sur votre salaire.
- Votre employeur, qui paie au moins autant que vous.
- Le rendement de l'argent placé : les intérêts que la caisse crédite chaque année sur votre avoir, au moins au taux minimal fixé par le Conseil fédéral (1,25 % en 2026).
Combien pèse ce troisième cotisant ? Prenons une personne qui gagne 60'000 francs par an, de 25 à 65 ans, sans interruption, dans une caisse qui ne fait que le minimum légal. Les bonifications de vieillesse, la part épargnée chaque année, montent avec l'âge, de 7 % à 18 % du salaire coordonné. Sans aucun intérêt, elles s'additionnent jusqu'à 168'000 francs. Les intérêts font le reste :
| Intérêt crédité | Avoir à 65 ans | Dont intérêts | Rente LPP, par an |
|---|---|---|---|
| Sans aucun intérêt | CHF 168'000 | — | CHF 11'400 |
| 1 % par an, le taux minimal le plus bas jamais fixé (2017 à 2023) | CHF 197'000 | CHF 30'000 (14 %) | CHF 13'400 |
| 1,25 % par an, le taux minimal de 2026, maintenu jusqu'à la retraite | CHF 206'000 | CHF 38'000 (18 %) | CHF 14'000 |
| 2,67 % par an, la moyenne du taux minimal de 1985 à 2026 | CHF 265'000 | CHF 97'000 (36 %) | CHF 18'000 |
| 3,8 % par an, le rendement composé des placements des caisses de 2014 à 2025 | CHF 328'000 | CHF 161'000 (48 %) | CHF 22'300 |
Au taux minimal d'aujourd'hui, les intérêts font environ 18 % de l'avoir final. Au taux moyen fixé depuis 1985, 2,67 %, ils en font 36 %. La dernière ligne est une hypothèse haute : elle suppose que la caisse crédite chaque année tout ce que ses placements ont rapporté, ce qu'aucune ne fait, puisqu'elle doit aussi constituer des réserves. Elle montre l'ordre de grandeur en jeu : à ce rythme, les intérêts pèseraient presque autant que toutes les cotisations réunies.
Le calcul · mille francs, trois âges
Mille francs épargnés à 2,67 % par an deviennent, à 65 ans :
- versés à 25 ans : environ 2'870 francs, après 40 ans ;
- versés à 45 ans : environ 1'690 francs, après 20 ans ;
- versés à 60 ans : environ 1'140 francs, après 5 ans ;
Le même franc travaille d'autant plus qu'il est placé tôt. C'est pourquoi les années de début de carrière, où l'on épargne peu, comptent davantage qu'elles n'en ont l'air, et pourquoi une interruption à 30 ans coûte plus qu'il n'y paraît à 65.
Le rendement n'est pas une ligne droite
Une caisse de pension ne garde pas votre argent dans un coffre : elle le place. Fin 2025, selon la Commission de haute surveillance de la prévoyance professionnelle (CHS PP), les caisses qu'elle a analysées détenaient en moyenne 32,9 % d'actions, 32,0 % d'obligations et autres créances, 22,3 % d'immobilier, et le reste en placements alternatifs, infrastructures et liquidités. Selon l'Office fédéral de la statistique (OFS), les caisses de pension réunissaient fin 2024 un total de bilan de 1'220,6 milliards de francs, environ une fois et demie ce que la Suisse produit en une année.
Ce qui est placé monte et descend. De 2014 à 2025, la performance nette moyenne des caisses a varié de -9,07 % en 2022 à +10,6 % en 2019. Sur ces douze années, un franc placé a rapporté en moyenne 3,84 % par an, en tenant compte des bonnes et des mauvaises années.
Les comptes des caisses montrent ce que pèse ce troisième cotisant. En 2024, selon l'OFS, leurs placements ont rapporté 83,7 milliards de francs, plus que toutes les cotisations de l'année : 24,4 milliards versés par les assurés et 34,1 milliards par les employeurs. En 2022, ils avaient perdu 105,1 milliards. Le rendement est un cotisant généreux sur la durée, et imprévisible d'une année à l'autre.
C'est pourquoi la caisse ne vous crédite pas directement ce qu'elle gagne. Les bonnes années, elle met une partie du rendement en réserve ; les mauvaises, elle puise dans ces réserves et continue de vous verser au moins le taux minimal. En 2025, année favorable, les caisses ont crédité en moyenne 4,33 % sur les avoirs des assurés actifs, bien au-dessus du minimum de 1,25 %. Leur degré de couverture, la fortune rapportée à ce qu'elles doivent à leurs assurés, était en moyenne de 117,1 % : 117 francs de fortune pour 100 francs d'engagements. Sous 100 %, une caisse est en découvert et doit prendre des mesures pour se redresser.
La règle · art. 15 et 16 LPP, art. 12 OPP 2
Votre avoir de vieillesse se compose des bonifications de vieillesse et des intérêts. Chaque année, la caisse doit le rémunérer au moins au taux minimal que fixe le Conseil fédéral, en tenant compte du rendement des obligations de la Confédération, des actions, des obligations et de l'immobilier. Ce minimum vaut pour la part obligatoire ; sur la part surobligatoire, c'est le règlement de la caisse qui décide.
Le taux de conversion : quand l'épargne devient une rente
À 65 ans, l'avoir épargné se transforme en rente à vie. La caisse applique un taux de conversion : pour la part obligatoire, la loi impose 6,8 %, soit 6'800 francs de rente par an pour 100'000 francs d'avoir.
Ce taux est le point où la capitalisation rencontre deux réalités qu'elle ne maîtrise pas : combien de temps les retraités vivront, et ce que rapportera leur argent pendant ce temps. À 6,8 %, l'avoir seul, sans le moindre intérêt, paie la rente pendant 14,7 ans. Or, selon l'OFS, un homme de 65 ans vivait encore en moyenne 20,7 ans en 2025, une femme 23,2 ans. En 1985, quand la LPP est entrée en vigueur, c'était 14,9 ans pour un homme et 19,0 ans pour une femme. Les années de plus doivent être payées par les intérêts de l'avoir restant, et si les intérêts ne suffisent pas, par quelqu'un d'autre.
| Retraite en | Taux de conversion minimal (hommes, 65 ans) | Rente pour CHF 100'000 d'avoir |
|---|---|---|
| 1985 | 7,2 % | CHF 7'200 |
| 2005 | 7,15 % | CHF 7'150 |
| 2006 | 7,1 % | CHF 7'100 |
| 2008 | 7,05 % | CHF 7'050 |
| 2010 | 7 % | CHF 7'000 |
| 2011 | 6,95 % | CHF 6'950 |
| 2012 | 6,9 % | CHF 6'900 |
| 2013 | 6,85 % | CHF 6'850 |
| 2014 | 6,8 % | CHF 6'800 |
Le taux de 7,2 % de 1985 a été abaissé une seule fois, par la 1re révision de la LPP, jusqu'à 6,8 % en 2014. Les deux tentatives d'aller plus bas ont échoué devant le peuple :
- Le 7 mars 2010, la baisse à 6,4 % est rejetée par 72,7 % de non, dans tous les cantons.
- Le 22 septembre 2024, la réforme de la prévoyance professionnelle est rejetée par 67,1 % de non (45,0 % de participation), elle aussi dans tous les cantons. Elle prévoyait un taux de 6,0 %, compensé par un supplément de rente de 100 à 200 francs par mois pour les assurés partant à la retraite dans les quinze années suivantes, et elle aurait assuré davantage de petits salaires et de temps partiels.
Dans les faits, la plupart des caisses assurent plus que le minimum, et elles appliquent à tout l'avoir, obligatoire et surobligatoire ensemble, un taux plus bas : en 2025, 5,22 % en moyenne à 65 ans, selon la CHS PP. Elles restent tenues de verser au moins ce que donnerait la part obligatoire au taux légal. La troisième partie du dossier explique ce calcul, le compte témoin, et ce que coûte un taux trop élevé : selon la CHS PP, 39,6 milliards de francs sont passés des assurés actifs aux retraités de 2014 à 2025. C'est une part de répartition, que personne n'a votée, glissée dans un système de capitalisation.
Répartition ou capitalisation : deux risques, pas un bon et un mauvais
On présente parfois la capitalisation comme la solution au vieillissement de la population. C'est vrai en partie : dans l'AVS, il y avait 9,7 cotisants pour une rente de vieillesse en 1948, et 2,3 en 2024. Votre avoir LPP, lui, ne dépend pas du nombre d'actifs qui cotiseront quand vous serez à la retraite : il existe déjà.
Mais la capitalisation a ses propres risques :
- Les marchés : une année comme 2022 efface une part des gains, et un départ à la retraite juste après une chute tombe mal.
- Les taux d'intérêt : quand ils sont bas, l'épargne grossit lentement. Le taux minimal LPP, de 4 % de 1985 à 2002, est resté à 1 % de 2017 à 2023.
- La longévité : plus on vit longtemps, plus un même avoir doit durer, d'où la pression sur le taux de conversion.
- L'inflation : un avoir épargné en francs d'il y a quarante ans achète moins qu'il n'y paraît.
- Les carrières interrompues : la capitalisation ne redistribue presque rien. Qui gagne peu, travaille à temps partiel ou s'arrête pour ses enfants épargne moins, et touche moins.
La répartition, elle, souffre surtout de la démographie : moins d'actifs par retraité, et il faut cotiser plus, toucher moins ou partir plus tard. En combinant les deux, la Suisse évite de tout miser sur un seul risque. Quand les marchés chutent, l'AVS verse la même rente ; quand la démographie pèse sur l'AVS, les avoirs des caisses existent déjà.
Qui porte le risque ?
Dans la caisse de pension, le risque est partagé. La caisse garantit le taux minimal sur la part obligatoire, puis une rente à vie qui ne peut plus être réduite une fois versée. Si elle devient insolvable, le Fonds de garantie LPP prend le relais : il garantit les prestations légales, et les prestations plus généreuses du règlement jusqu'à un salaire d'une fois et demie le salaire maximal assuré par la LPP (art. 56 LPP), soit 136'080 francs en 2026. En échange, vous ne choisissez ni votre caisse ni la façon dont elle place l'argent, sauf dans certains plans pour les hauts salaires.
Dans le 3a, c'est vous qui choisissez, et vous qui portez le risque. La quatrième partie du dossier détaille les trois formes :
- Le compte 3a : un intérêt fixé par la banque, sans risque de perte, mais faible.
- Le 3a en titres : des fonds d'actions et d'obligations, avec un rendement espéré plus élevé, et des années de baisse. Plus l'horizon est long, plus on a le temps de traverser une mauvaise année ; plus il est court, plus une baisse peut tomber au mauvais moment.
- L'assurance 3a : épargne et protection en cas de décès ou d'invalidité, avec un engagement de longue durée.
Et ailleurs ? Dix pays, dix façons de faire
Aucun pays ne finance ses retraites tout à fait comme un autre. Certains misent presque tout sur la répartition, d'autres sur la capitalisation, et la plupart mélangent les deux, comme la Suisse. Le dernier chiffre du tableau vient du Panorama des pensions 2025 de l'OCDE : la retraite qu'une personne au salaire moyen, qui commence à travailler à 22 ans en 2024 et cotise sans interruption, toucherait de ses régimes obligatoires, après impôts et cotisations, en pour-cent de son salaire net. C'est un repère pour comparer les systèmes, pas la retraite de quelqu'un en particulier ; pour la Suisse, il ne compte ni le surobligatoire ni le 3e pilier.
| Pays | Le système en bref | Âge de la retraite en 2026 | Retraite nette, au salaire moyen (OCDE) |
|---|---|---|---|
| Suisse | Répartition (AVS) et capitalisation obligatoire (LPP) | 65 ans | 47,5 % |
| France | Répartition, régime de base et complémentaire | 62 ans et 9 mois (générations 1964 et début 1965) | 70,0 % |
| Allemagne | Répartition, par points | 66 ans et 4 mois (génération 1960) | 53,3 % |
| Italie | Répartition, en comptes notionnels | 67 ans | 79,0 % |
| Autriche | Répartition, un compte de pension par assuré | 65 ans (hommes) ; de 60 à 65 ans (femmes, jusqu'en 2033) | 86,8 % |
| Pays-Bas | Pension de base et fonds professionnels | 67 ans | 96,0 % |
| Suède | Comptes notionnels et une part capitalisée | 67 ans, âge de référence (générations 1960 à 1965) | 66,3 % |
| Danemark | Pension de base, ATP et fonds professionnels | 67 ans (générations 1955 à 1962) | 77,1 % |
| Royaume-Uni | Pension d'État forfaitaire et pension d'entreprise | 66 ans, puis 67 ans de 2026 à 2028 | 54,2 % |
| États-Unis | Répartition (Social Security) | 66 ans et 10 mois (génération 1959), 67 ans dès 1960 | 51,3 % |
| Chili | Capitalisation individuelle obligatoire | 65 ans (hommes), 60 ans (femmes) | 61,3 % |
| Moyenne de l'OCDE | 63,2 % |
France
La France finance ses retraites par répartition, et rien que par elle : un régime de base, qui calcule la pension sur les meilleures années, et un régime complémentaire obligatoire par points. Il n'y a pas de capitalisation obligatoire. La cotisation est lourde, 27,8 % du salaire selon l'OCDE, et la pension aussi. L'âge légal est le grand sujet politique : la réforme de 2023 le portait à 64 ans ; la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 l'a suspendue jusqu'en 2028. En 2026, l'âge légal est de 62 ans et 9 mois pour les générations 1964 et début 1965, et 64 ans ne s'appliquent qu'à partir de la génération 1969.
Allemagne
L'Allemagne a un régime public par répartition : chaque année de cotisation rapporte des points, convertis en rente à la retraite. La cotisation est de 18,6 % du salaire en 2026, payée moitié par le salarié, moitié par l'employeur. L'âge de la retraite monte par étapes jusqu'à 67 ans pour la génération 1964. Les caisses d'entreprise et l'épargne privée encouragée par l'État restent facultatives. En 2026, une commission sur l'avenir des retraites a proposé d'y ajouter une part de capitalisation obligatoire et de lier l'âge de la retraite à l'espérance de vie : ce ne sont encore que des propositions.
Italie
L'Italie fonctionne par répartition, mais avec des comptes notionnels : chaque assuré a un compte où ses cotisations sont inscrites et revalorisées comme s'il épargnait, alors que l'argent paie en réalité les rentes du moment. À la retraite, le compte se convertit en rente selon l'espérance de vie. La cotisation est la plus élevée de l'OCDE, 33 % du salaire. L'âge de la retraite, 67 ans en 2026, suit l'espérance de vie : 67 ans et 3 mois en 2028, selon l'institut national de prévoyance (INPS).
Autriche
L'Autriche mise presque tout sur la répartition, avec un compte de pension par assuré : chaque année, 1,78 % du revenu soumis à cotisation y est crédité, et la somme donne la rente. Il n'y a pas de 2e pilier obligatoire, mais la pension publique est généreuse, parmi les plus élevées de l'OCDE. L'âge de la retraite des femmes monte de 60 à 65 ans, par semestre, de 2024 à 2033, pour rejoindre celui des hommes, comme l'AVS 21 l'a fait en Suisse de 64 à 65 ans.
Pays-Bas
Le modèle néerlandais ressemble au suisse en plus poussé. Une pension de base (l'AOW) est versée selon les années de résidence, sans lien avec le salaire, et presque tous les salariés cotisent à un fonds de pension professionnel, obligatoire par branche. Ces fonds sont parmi les plus riches du monde, et le taux de remplacement net est le plus élevé de l'OCDE. L'âge de la pension de base, 67 ans en 2026, est fixé cinq ans à l'avance d'après l'espérance de vie : 67 ans et 3 mois dès 2028. Les fonds basculent vers un nouveau système, où chaque assuré a une part plus individuelle de l'épargne, au plus tard au 1er janvier 2028.
Suède
La Suède a réformé son système dans les années 1990 et il sert souvent de modèle. Sur les 18,5 % du revenu versés à la pension publique, 16 points vont à des comptes notionnels, comme en Italie, et 2,5 points sont réellement placés, sur un compte de capitalisation dont l'assuré choisit les fonds. S'y ajoute une pension professionnelle négociée par branche, qui couvre presque tous les salariés. Il n'y a plus d'âge fixe, mais un âge de référence qui suit la durée de vie : 67 ans pour les générations 1960 à 1965.
Danemark
Le Danemark combine une pension de base pour tous les résidents, l'ATP, une petite épargne obligatoire payée pour un tiers par le salarié et pour deux tiers par l'employeur, et des fonds professionnels qui couvrent la plupart des salariés. C'est le pays qui a le plus clairement lié l'âge de la retraite à l'espérance de vie : 67 ans pour les générations 1955 à 1962, 68 ans pour 1963 à 1966, 69 ans pour 1967 à 1970, et 70 ans dès la génération 1971.
Royaume-Uni
Le Royaume-Uni verse une pension d'État forfaitaire, la même pour tous, après une carrière complète. Pour compléter, il a choisi l'auto-enrôlement : l'employeur doit inscrire ses salariés de 22 ans et plus, qui gagnent au moins 10'000 livres par an, dans une pension d'entreprise, avec une cotisation d'au moins 8 % dont 3 % payés par l'employeur. Le salarié peut en sortir, mais il doit le demander : la plupart restent. L'âge de la pension d'État passe de 66 à 67 ans entre 2026 et 2028.
États-Unis
Le Social Security, le seul régime public obligatoire, fonctionne par répartition : 12,4 % du salaire, moitié salarié, moitié employeur, jusqu'à un plafond de 184'500 dollars en 2026, qui financent aussi l'assurance-invalidité. Le reste est facultatif : le plus connu est le plan d'épargne d'entreprise 401(k), où salarié et employeur versent sur un compte placé en bourse, avec un avantage fiscal. L'âge de la pleine retraite atteint 67 ans pour les personnes nées dès 1960.
Chili
Le Chili est le pays de la capitalisation individuelle. Depuis 1981, chaque salarié verse 10 % de son salaire sur un compte à son nom, géré par une société privée qu'il choisit (une AFP), et sa retraite dépend de ce qu'il a épargné. Le système a servi de modèle, puis de contre-exemple : beaucoup de carrières courtes ou informelles donnaient de très petites pensions. Une réforme de 2025 ajoute pour la première fois une cotisation de l'employeur, qui montera jusqu'à 7 % en neuf ans, et une part de solidarité. L'âge légal reste de 65 ans pour les hommes et de 60 ans pour les femmes.
La leçon de ce tour du monde : aucun système ne supprime les risques. Ceux qui misent sur la répartition débattent de l'âge de la retraite et du niveau des cotisations ; ceux qui misent sur la capitalisation débattent de ce qu'elle laisse aux carrières courtes et aux bas salaires. La plupart finissent par combiner les deux, et beaucoup lient désormais l'âge de la retraite à l'espérance de vie.
Ce que la capitalisation vous demande
La répartition vous demande de cotiser. La capitalisation vous demande en plus de suivre votre épargne, parce que c'est la vôtre :
- Lire son certificat de prévoyance, chaque année : l'avoir, l'intérêt crédité, le taux de conversion de sa caisse, la projection à 65 ans. Le calculateur LPP montre ce que donne le minimum légal, sous trois hypothèses d'intérêt.
- Connaître ses lacunes : un temps partiel, une pause, un salaire sous le seuil d'entrée laissent un avoir plus petit. Un rachat dans la caisse peut en combler une partie, et se déduit du revenu imposable ; ce qui est racheté ne peut pas être retiré en capital pendant trois ans.
- Penser au temps : un 3a ouvert à 25 ans a quarante ans pour travailler ; le calculateur 3a montre l'impôt économisé et la projection.
- Décider, à la retraite, entre la rente et le capital : la rente vous protège contre une longue vie, le capital vous laisse le risque des placements et de la longévité. Les règles et l'impôt sont dans la troisième partie du dossier.
À retenir
- Dans le 2e pilier et le 3a, vous épargnez pour vous-même : l'argent est à votre nom, mais bloqué.
- Le rendement est un troisième cotisant : sur une carrière, il peut peser plus d'un tiers de l'avoir, à condition d'avoir le temps.
- Le taux de conversion transforme l'avoir en rente ; il dépend de l'espérance de vie et des taux d'intérêt, et le peuple a refusé de l'abaisser en 2010 et en 2024.
- La capitalisation ne supprime pas le risque : elle remplace celui de la démographie par ceux des marchés, des taux et de la longévité.
Cet article décrit le fonctionnement général du système. Pour votre situation, votre caisse de pension vous répond sur votre certificat, et un spécialiste indépendant sur vos choix.
Chiffres vérifiés le
Règles : LPP (RS 831.40), art. 14 (taux de conversion), 15 et 16 (avoir et bonifications de vieillesse), 56 (Fonds de garantie), 79b (rachats) et dispositions transitoires de la 1re révision (let. b) ; OPP 2, art. 12 (taux d'intérêt minimal). Montants 2026 : ceux des calculateurs du site. Le « troisième cotisant » : OFAS, page « Financement de la prévoyance professionnelle » (2 décembre 2025). Historique du taux de conversion : OFAS, « Chiffres repères dans la prévoyance professionnelle » (1985-2026). Situation des caisses en 2025 : Commission de haute surveillance de la prévoyance professionnelle (CHS PP), rapport sur la situation financière des institutions de prévoyance 2025 (12 mai 2026) : institutions sans garantie de l'État ni assurance complète, moyennes pondérées par le capital ; série des performances nettes 2014-2025 (même source). Comptes des caisses en 2024 : OFS, statistique des caisses de pensions, résultats définitifs (21 janvier 2026), rapportés au produit intérieur brut 2024 publié par l'OFS le 29 septembre 2025 (854 milliards de francs). Espérance de vie à 65 ans : OFS, série 1876-2024 et tableau de la page « Espérance de vie » (2025). Cotisants par rente AVS : OFAS, Statistique de l'AVS. Votations du 7 mars 2010 et du 22 septembre 2024 : résultats officiels (données ouvertes de l'OFS sur les votations) ; contenu de la réforme de 2024 : OFAS, page « Réforme de la prévoyance professionnelle » (23 septembre 2024) et fiche « Les mesures de compensation » (24 juin 2024) — des textes de loi et des statistiques officielles. Comparaison internationale : OCDE, Panorama des pensions 2025 (architecture des systèmes, tableau 3.1 ; taux de cotisation 2024, tableau 8.1 ; taux de remplacement nets au salaire moyen, tableau 4.4) ; âges et règles lus le 4 octobre 2026 auprès des administrations de chaque pays : service-public.gouv.fr (âge légal après la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026), Deutsche Rentenversicherung (cotisation 2026, âge, propositions de l'Alterssicherungskommission), INPS (âge 2026-2028), oesterreich.gv.at et Pensionsversicherungsanstalt (compte de pension, âge des femmes), Rijksoverheid (âge AOW, transition des fonds au 1er janvier 2028), Pensionsmyndigheten (cotisation et âge de référence), borger.dk (ATP, âge de la folkepension), gov.uk (âge de la pension d'État, auto-enrôlement), Social Security Administration (âge, cotisation et plafond 2026), Superintendencia de Pensiones et Bibliothèque du Congrès national du Chili (réforme de 2025, loi 21.735). Les projections sont calculées par le moteur du calculateur LPP, au minimum légal, pour un salaire stable : ce sont des ordres de grandeur, pas la situation d'une personne réelle.
Les barèmes suisses changent chaque 1er janvier. Après le 1er janvier qui suit cette vérification, contrôlez les chiffres avant de décider.