Prévoyance
Le 2e pilier : des caisses patronales à la LPP, et ce que dit votre certificat
Plus de 1200 milliards de francs fin 2024, neuf salariés sur dix affiliés (de 25 ans à la retraite, en 2020-2021), et des règles que presque personne ne sait lire. La prévoyance professionnelle racontée depuis ses débuts, puis démontée pièce par pièce : salaire coordonné, taux de conversion, invalidité et décès, changement d'emploi, divorce, départ, capital ou rente.
Fin 2024, les 1292 caisses de pension suisses possédaient 1220,6 milliards de francs (le total de leur bilan) : à peu près une fois et demie la richesse que le pays produit en une année. Elles assuraient 4,8 millions de salariés actifs et versaient une rente de vieillesse à près de 939'000 retraités. C'est l'argent le plus important que possèdent la plupart des Suisses, et celui qu'ils connaissent le moins.
Le 2e pilier ne ressemble pas à l'AVS, le 1er pilier. Ce n'est pas une assurance d'État, mais un ensemble de caisses de pension (la loi dit « institutions de prévoyance »), privées ou publiques. Chacune épargne pour chaque salarié sur un compte à son nom : son avoir de vieillesse, ou simplement son « avoir ». La loi n'en fixe que les minimums. D'où son vocabulaire, son certificat illisible, et ses débats sans fin sur un pourcentage, le taux de conversion. Et le 2e pilier ne sert pas qu'à la retraite : il verse aussi une rente si vous devenez invalide, et à vos proches si vous mourez.
Avant la loi : un siècle de caisses facultatives
Les premières pensions sont publiques. Berne en verse à ses gendarmes dès 1803, Vaud à ses instituteurs dès 1811, Bâle-Ville à ses instituteurs et policiers dès 1831. En 1888, Bâle-Ville est le premier canton à pensionner tous ses fonctionnaires. Les employés des chemins de fer fédéraux ont leur caisse en 1907, les fonctionnaires de la Confédération en 1921. Dans le privé, les caisses restent rares : en 1880, seules 40 sociétés de secours mutuels (des caisses d'entraide) sur 1085 versent une pension. L'une des pionnières est la caisse d'invalidité et de vieillesse des ouvriers des filatures et tissages zurichois, fondée en 1861.
Le vrai démarrage vient de l'impôt. Après la Première Guerre mondiale, les sommes versées aux fonds de prévoyance du personnel échappent à l'impôt sur les bénéfices de guerre : les caisses et les « fonds de bienfaisance » patronaux (sans droit garanti aux prestations) se multiplient. On en compte 4128 en 1941, 13'304 en 1966, plus de 17'000 au milieu des années 1970.
Ces caisses ont un défaut grave : elles enchaînent le salarié. Jusqu'à la révision du Code des obligations de 1935, celui qui quittait son employeur n'avait même aucun droit sur ses propres cotisations ; ensuite, il perdait le plus souvent celles de l'employeur. On parlait de « chaînes dorées ». Et en 1966 encore, seuls 45 % environ des salariés avaient une caisse de pension, souvent maigre.
1972 : le deuxième pilier entre dans la Constitution
Le 3 décembre 1972, le peuple accepte le système des trois piliers : 1'393'797 oui contre 418'018 non, dans tous les cantons (la première partie du dossier raconte ce vote). La Constitution promet désormais que la prévoyance professionnelle, avec l'AVS, permettra de « maintenir de manière appropriée » le niveau de vie antérieur, qu'elle sera obligatoire pour les salariés, et que l'employeur en paiera au moins la moitié.
Le Conseil fédéral présente son projet de loi dans un message du 19 décembre 1975 (le texte qui accompagne un projet de loi devant le Parlement). Il y chiffre l'objectif, en rappelant qu'il était déjà largement admis lors de la votation de 1972 : ensemble, l'AVS et la caisse de pension devraient fournir environ 60 % du dernier salaire brut d'une personne seule. Le Parlement met six ans et demi à s'entendre. La loi fédérale sur la prévoyance professionnelle vieillesse, survivants et invalidité, la LPP, est adoptée le 25 juin 1982 et entre en vigueur le 1er janvier 1985.
Les caisses existantes doivent s'y conformer. Un employeur qui n'en avait pas doit en créer une ou s'affilier à une fondation commune à plusieurs entreprises ; s'il ne le fait pas, l'institution supplétive, la caisse de dernier recours prévue par la loi, l'affilie d'office. Pour la génération d'entrée, qui n'aura cotisé que quelques années, chaque caisse doit prévoir des prestations améliorées, selon ses moyens ; jusqu'en 2004, une cotisation spéciale prélevée sur les salaires assurés les finançait.
Les réformes : ce qui a passé, ce qui a échoué
Quatre mots reviennent dans ces réformes ; ils sont détaillés plus bas. Le seuil d'entrée : le salaire annuel à partir duquel vous êtes assuré. La déduction de coordination : la part du salaire que la caisse n'assure pas, parce que l'AVS la couvre déjà. Le taux de conversion : la part de votre avoir versée chaque année en rente ; à 6,8 %, 100'000 francs donnent 6'800 francs par an, à vie. Le baisser, c'est baisser les rentes futures. Le rachat, enfin : un versement volontaire pour combler une lacune dans votre caisse.
- 1995, le libre passage et le logement. La loi sur le libre passage (LFLP) garantit qu'en changeant d'emploi, on emporte tout son avoir, cotisations de l'employeur comprises : la fin des chaînes dorées. La même année, l'encouragement à la propriété du logement (EPL) permet d'utiliser son 2e pilier pour acheter son logement.
- 2004 à 2006, la 1re révision. Plus de transparence, un seuil d'entrée abaissé pour assurer davantage de petits salaires, une déduction de coordination réduite, et une baisse du taux de conversion de 7,2 à 6,8 % étalée sur dix ans. Depuis 2006, ce que vous rachetez ne peut pas être retiré en capital avant trois ans.
- 2010, le premier non. Le 7 mars 2010, 72,7 % des votants refusent d'abaisser le taux de conversion à 6,4 % sans compensation. Les Vaudois disent non à 77,5 %.
- 2017, Prévoyance vieillesse 2020. Une réforme commune de l'AVS et de la LPP (taux de conversion à 6 %, compensé par 70 francs de plus par mois sur les nouvelles rentes AVS) est rejetée par 52,7 % des votants.
- 2024, la réforme LPP. Le 22 septembre 2024, 67,1 % des votants rejettent un projet qui abaissait le taux de conversion à 6 %, remplaçait la déduction de coordination fixe par 20 % du salaire, abaissait le seuil d'entrée et prévoyait un supplément de rente pour quinze générations de transition. Vaud dit non à 72,6 %.
Depuis, aucune réforme globale de la LPP n'est en cours. Le projet AVS 2030, mis en consultation (soumis à l'avis des cantons, des partis et des milieux intéressés) jusqu'au 11 septembre 2026, prévoit pour les caisses de relever progressivement l'âge minimal de la retraite anticipée, de 58 à 63 ans, avec des exceptions (restructuration d'entreprise, conventions collectives) qui permettraient de partir plus tôt, mais jamais avant 60 ans.
Qui est assuré, et sur quoi
La règle · art. 2, 7 et 8 LPP, montants 2026
- Le seuil d'entrée : vous êtes assuré obligatoirement si vous gagnez plus de 22'680 francs par an chez un même employeur.
- Les âges : dès le 1er janvier qui suit vos 17 ans, contre l'invalidité et le décès ; dès le 1er janvier qui suit vos 24 ans, pour la vieillesse.
- Le salaire coordonné : seule la part du salaire comprise entre 26'460 et 90'720 francs est assurée au minimum, soit 64'260 francs au plus. Si le calcul donne moins de 3'780 francs, c'est ce minimum qui compte.
La déduction de coordination retire de votre salaire la part censée être déjà couverte par l'AVS : ce qui reste, 64'260 francs au plus, est votre salaire assuré, dit salaire coordonné. Son montant fixe pèse très différemment selon le salaire : sur 90'720 francs, elle retire 29 % ; sur 30'000 francs, elle en retire 88 %, et il ne reste que le minimum de 3'780 francs assurés. C'est la raison principale des petites rentes LPP des temps partiels, et l'un des points que les deux dernières réformes, rejetées en 2017 et en 2024, voulaient changer.
Ces montants suivent la rente AVS maximale annuelle. Depuis 2005, le seuil d'entrée en vaut les trois quarts, la déduction de coordination les sept huitièmes, et la limite supérieure du salaire pris en compte trois fois cette rente. Avant 2005, seuil et déduction étaient égaux à cette rente. Quand le Conseil fédéral adapte les rentes AVS, les seuils LPP bougent avec elles.
| Dès | Seuil d'entrée | Déduction de coordination | Limite supérieure du salaire |
|---|---|---|---|
| 1985 | 16'560 | 16'560 | 49'680 |
| 1986 | 17'280 | 17'280 | 51'840 |
| 1988 | 18'000 | 18'000 | 54'000 |
| 1990 | 19'200 | 19'200 | 57'600 |
| 1992 | 21'600 | 21'600 | 64'800 |
| 1993 | 22'560 | 22'560 | 67'680 |
| 1995 | 23'280 | 23'280 | 69'840 |
| 1997 | 23'880 | 23'880 | 71'640 |
| 1999 | 24'120 | 24'120 | 72'360 |
| 2001 | 24'720 | 24'720 | 74'160 |
| 2003 | 25'320 | 25'320 | 75'960 |
| 2005 | 19'350 | 22'575 | 77'400 |
| 2007 | 19'890 | 23'205 | 79'560 |
| 2009 | 20'520 | 23'940 | 82'080 |
| 2011 | 20'880 | 24'360 | 83'520 |
| 2013 | 21'060 | 24'570 | 84'240 |
| 2015 | 21'150 | 24'675 | 84'600 |
| 2019 | 21'330 | 24'885 | 85'320 |
| 2021 | 21'510 | 25'095 | 86'040 |
| 2023 | 22'050 | 25'725 | 88'200 |
| 2025 | 22'680 | 26'460 | 90'720 |
Le minimum légal et ce que votre caisse ajoute
La LPP fixe un minimum, qu'on appelle la part obligatoire : l'épargne sur le salaire coordonné, avec les bonifications, l'intérêt minimal et le taux de conversion décrits plus bas. Votre caisse peut faire mieux, et la plupart le font : assurer le salaire au-delà de 90'720 francs, réduire ou supprimer la déduction de coordination, cotiser davantage, commencer l'épargne plus tôt. Ce supplément s'appelle la part surobligatoire. Il n'est pas soumis aux deux garanties légales que sont l'intérêt minimal et le taux de conversion minimal. Une caisse qui assure les deux parts ensemble est dite enveloppante.
En 2025, selon la Commission de haute surveillance de la prévoyance professionnelle (CHS PP, l'autorité fédérale qui surveille le système), seuls 37 % de l'épargne des assurés actifs relevaient de la part obligatoire, et la plupart des caisses allaient au-delà du minimum légal. Pour leurs assurés, le règlement de la caisse compte donc davantage que la loi. Votre certificat de prévoyance distingue souvent les deux parts : lisez-les.
Pour les salaires élevés, des plans dits « 1e » permettent depuis 2006 de choisir sa stratégie de placement (la façon dont l'argent est placé, avec plus ou moins d'actions par exemple), parmi celles que propose la caisse, pour la part du salaire supérieure à 136'080 francs. Depuis octobre 2017, la caisse peut en proposer dix au plus, et vous laisser supporter les pertes quand vous la quittez.
L'épargne : bonifications et intérêts
Chaque année, votre caisse crédite sur votre compte une bonification de vieillesse, un pourcentage de votre salaire coordonné qui augmente avec l'âge :
| Âge | Bonification de vieillesse | Sur toute la tranche d'âge |
|---|---|---|
| 25 à 34 ans | 7 % du salaire coordonné | 70 % |
| 35 à 44 ans | 10 % du salaire coordonné | 100 % |
| 45 à 54 ans | 15 % du salaire coordonné | 150 % |
| 55 à 65 ans | 18 % du salaire coordonné | 180 % |
Sur une carrière complète de 25 à 65 ans, les bonifications additionnées valent 500 % du salaire coordonné, soit cinq années de salaire assuré. Pour un salaire égal ou supérieur à la limite supérieure, cela fait 321'300 francs, avant le moindre intérêt. L'employeur en paie au moins la moitié. La part salariale figure sur votre fiche de salaire, avec les primes de risque (qui financent l'assurance invalidité et décès) et les frais.
L'avoir porte intérêt. Pour la part obligatoire, la caisse doit servir au moins le taux d'intérêt minimal fixé par le Conseil fédéral : 1,25 % en 2026. Il a longtemps valu 4 %, avant de suivre la chute des taux :
| Dès | Taux d'intérêt minimal |
|---|---|
| 1985 | 4 % |
| 2003 | 3,25 % |
| 2004 | 2,25 % |
| 2005 | 2,5 % |
| 2008 | 2,75 % |
| 2009 | 2 % |
| 2012 | 1,5 % |
| 2014 | 1,75 % |
| 2016 | 1,25 % |
| 2017 | 1 % |
| 2024 | 1,25 % |
Pour 2027, la Commission fédérale de la prévoyance professionnelle a recommandé le 31 août 2026 de le relever à 1,75 % ; le Conseil fédéral n'avait pas encore décidé au 1er octobre 2026. Beaucoup de caisses servent davantage que le minimum : en moyenne 4,33 % en 2025 et 3,76 % en 2024, selon la CHS PP, mais seulement 1,46 % en 2018 ou 1,90 % en 2022. Le taux minimal est un plancher, pas une moyenne.
Exemple · 25 ans, 65'000 francs de salaire, minimum légal 2026
Le salaire coordonné est de 38'540 francs. La première bonification, à 7 %, vaut 2'698 francs. Avec un salaire constant jusqu'à 65 ans, l'avoir atteindrait entre 227'000 et 304'000 francs selon que l'intérêt retombe à 1 %, son plus bas historique (de 2017 à 2023), ou remonte à 2,67 %, la moyenne du taux minimal légal depuis 1985, soit une rente LPP de 15'000 à 21'000 francs par an. Avec l'AVS d'une carrière complète au même salaire, les deux premiers piliers remplaceraient de 67 à 75 % du salaire.
Le taux de conversion : la bataille des retraites
À la retraite, l'avoir se transforme en rente. Le taux de conversion dit combien : avec 6,8 %, 100'000 francs d'avoir donnent 6'800 francs de rente par an, à vie. Pour la part obligatoire, la loi fixe ce minimum à 6,8 % à l'âge de référence, l'âge légal de la retraite, 65 ans. Il valait 7,2 % jusqu'en 2004 :
| Retraite en | Taux de conversion minimal (hommes, 65 ans) |
|---|---|
| 1985 | 7,2 % |
| 2005 | 7,15 % |
| 2006 | 7,1 % |
| 2008 | 7,05 % |
| 2010 | 7 % |
| 2011 | 6,95 % |
| 2012 | 6,9 % |
| 2013 | 6,85 % |
| 2014 | 6,8 % |
Le problème est arithmétique. Une rente de 6,8 % par an rembourse l'avoir en moins de 15 ans ; elle doit pourtant être versée, en moyenne, bien plus longtemps, et le capital qui reste doit rapporter de quoi tenir. L'Office fédéral des assurances sociales (OFAS) estimait en 2010 qu'un taux de 6,8 % supposait un rendement de 4,9 % à long terme. Quand les marchés ne le donnent pas, ce sont les assurés actifs qui financent la différence, par des intérêts plus bas sur leur propre avoir.
Pourquoi votre compte paierait-il la rente des autres ? Parce qu'une rente en cours ne peut pas être réduite : la loi garantit toujours le montant fixé au départ. Si l'argent des retraités rapporte moins que prévu, la caisse comble le trou avec le rendement de toute sa fortune, et rémunère moins les comptes de ceux qui travaillent encore. La CHS PP estime que 39,6 milliards de francs sont passés ainsi des assurés actifs aux retraités de 2014 à 2025. Le mouvement s'est inversé ces dernières années : pour la quatrième année de suite, l'estimation de 2025 penche légèrement en faveur des actifs (2,9 milliards). C'est ce transfert que les baisses du taux de conversion voulaient réduire.
D'où une réalité que la loi ne dit pas : les caisses enveloppantes appliquent un taux unique, plus bas, à tout l'avoir, part obligatoire et part surobligatoire ensemble. En 2025, le taux réellement appliqué à 65 ans était en moyenne de 5,22 %, et les caisses prévoyaient 5,17 % dans cinq ans. Elles restent tenues de verser au moins la rente que donnerait la part obligatoire au taux légal : c'est le compte témoin, un calcul parallèle selon les seules règles de la LPP.
Exemple · le compte témoin
Vous partez à la retraite avec 300'000 francs d'avoir : 200'000 francs de part obligatoire et 100'000 francs de part surobligatoire. Votre caisse applique 5,2 % à tout : 15'600 francs de rente par an. Le compte témoin calcule 6,8 % de la seule part obligatoire : 13'600 francs. La caisse verse le plus élevé des deux : 15'600 francs.
Si votre avoir était presque entièrement obligatoire, par exemple 250'000 francs dont 230'000 francs de part obligatoire, le taux de la caisse donnerait 13'000 francs et le compte témoin 15'640 francs : vous toucheriez 15'640 francs.
Le taux de 6,8 % n'est donc pas celui que vous toucherez : c'est un plancher, calculé sur la seule part obligatoire. Le taux de votre caisse, inscrit sur votre certificat, compte davantage.
Invalidité et décès : ce que la caisse verse avant la retraite
Le 2e pilier n'attend pas la retraite. Dès le 1er janvier qui suit vos 17 ans, si vous gagnez plus que le seuil d'entrée, il vous assure contre l'invalidité et le décès, alors que votre épargne ne commence qu'à 25 ans. Ces prestations de risque sont financées par les primes de risque, et elles figurent sur votre certificat, à côté de l'épargne.
Si vous devenez invalide
Tout commence à l'assurance-invalidité fédérale (AI), qui fait partie du 1er pilier. Elle cherche d'abord à vous garder au travail ou à vous y ramener. Si cela ne suffit pas, elle fixe un taux d'invalidité, qui mesure la part de revenu que votre santé vous fait perdre. La deuxième partie du dossier détaille ses règles et ses rentes. Votre caisse de pension se fonde sur ce taux, et verse sa propre rente en plus de celle de l'AI.
La règle · art. 10, 23 à 25, 34a et 36 LPP
- La condition : être invalide à 40 % au moins selon l'AI, et avoir été assuré par la caisse au moment où a commencé l'incapacité de travail (l'arrêt pour maladie ou accident) qui a mené à l'invalidité. Quand vous quittez une caisse, elle vous couvre encore un mois.
- Le montant : la rente entière se calcule sur votre avoir du moment, plus toutes les bonifications que vous auriez reçues jusqu'à l'âge de référence, sans les intérêts, sur la base de votre dernier salaire coordonné. Le tout est converti au taux de 6,8 %.
- Le barème : depuis 2022, comme à l'AI, la rente suit le taux d'invalidité. De 50 à 69 %, vous touchez ce pourcentage de la rente entière ; dès 70 %, la rente entière ; de 40 à 49 %, de 25 à 47,5 % de la rente entière.
- Les enfants : une rente de 20 % de la rente d'invalidité par enfant qui aurait droit à une rente d'orphelin.
- Les limites : après trois ans, la rente suit l'évolution des prix jusqu'à l'âge de référence. Mais la caisse peut la réduire si, avec l'AI et vos autres revenus, vous touchez plus de 90 % du revenu que vous avez perdu.
Exemple · 25 ans, 65'000 francs de salaire, minimum légal 2026
Le salaire coordonné est de 38'540 francs. Si une invalidité totale survenait dès la première année, la caisse compterait toutes les bonifications jusqu'à 65 ans, soit 500 % de ce salaire : 192'700 francs. Convertis à 6,8 %, ils donnent une rente LPP minimale d'environ 13'100 francs par an, plus quelque 2'600 francs par enfant, en plus de la rente de l'AI. À 22 ans, avant même le début de l'épargne, le calcul serait le même : votre avoir est encore nul, mais la caisse compte toutes les bonifications de 25 à 65 ans. Votre caisse fait souvent mieux : votre certificat indique le montant exact.
Si vous mourez
Votre caisse verse alors des rentes à vos proches. Si vous étiez déjà à la retraite avec une rente, elles se calculent sur cette rente ; sinon, sur la rente d'invalidité entière que vous auriez touchée.
La règle · art. 18 à 22 LPP, art. 20 OPP 2
- Le conjoint survivant, marié ou partenaire enregistré, touche une rente de 60 % s'il a au moins un enfant à charge, ou s'il a 45 ans et cinq ans de mariage. Sinon, il reçoit une allocation unique égale à trois rentes annuelles. La rente s'éteint s'il se remarie.
- Chaque orphelin touche une rente de 20 %, jusqu'à 18 ans, ou jusqu'à 25 ans s'il est en formation ou gravement invalide.
- L'ex-conjoint divorcé est traité comme un veuf ou une veuve si le mariage a duré au moins dix ans et que le jugement de divorce lui accordait une rente. Il ne touche sa rente de survivant qu'aussi longtemps que celle du jugement aurait été due, et la caisse peut la réduire pour qu'avec l'AVS, elle ne dépasse pas ce que lui accordait le jugement.
Pour la personne de 25 ans de l'exemple, cela ferait au minimum quelque 2'600 francs par an par orphelin. Le conjoint, qui aurait sans doute moins de 45 ans, toucherait quelque 7'900 francs par an s'il a un enfant à charge ; sinon, une allocation unique d'environ 23'600 francs. L'AVS verse aussi des rentes de survivants, avec ses propres conditions : la deuxième partie les explique. Fin 2024, les caisses de pension versaient 198'364 rentes de veuves et de veufs et 110'448 rentes d'invalidité.
En couple sans être mariés
La loi ne prévoit aucune rente pour un concubin, le partenaire avec qui l'on vit sans être marié. Elle permet seulement aux caisses de lui verser des prestations, si leur règlement le prévoit : quand vous avez vécu ensemble sans interruption au moins cinq ans juste avant le décès, quand il doit subvenir à l'entretien d'un enfant commun, ou quand il était à votre charge. Il n'y a pas droit s'il touche déjà une rente de veuf ou de veuve. C'est donc le règlement qui décide, et à quelles conditions : lisez-le, et demandez à votre caisse si elle exige que votre partenaire lui soit annoncé de votre vivant. Les enfants, eux, ont droit à leur rente d'orphelin, que leurs parents soient mariés ou non. Ce que prévoient l'AVS et le 3a pour les concubins est expliqué dans la deuxième et la quatrième partie.
Changer d'emploi, perdre son emploi
Quand vous quittez une caisse, votre avoir s'appelle la prestation de sortie. Depuis 1995, il vous suit toujours, cotisations de l'employeur comprises : c'est le libre passage. Encore faut-il dire à la caisse où l'envoyer.
Le libre passage, mode d'emploi
- Vous changez d'employeur : donnez à votre ancienne caisse les coordonnées de la nouvelle. Elle doit lui verser votre avoir.
- Vous n'avez pas de nouvel employeur tout de suite (voyage, études, pause, chômage) : indiquez à votre caisse un compte de libre passage, ouvert auprès d'une fondation de libre passage, ou une police de libre passage, auprès d'une compagnie d'assurance. Vous pouvez répartir l'argent entre deux institutions au plus, et en changer quand vous voulez.
- Vous ne dites rien : entre six mois et deux ans plus tard, la caisse verse votre avoir à l'institution supplétive, qui le garde sur un compte de libre passage. Il n'est pas perdu, mais il dort.
- Vous entrez dans une nouvelle caisse : l'argent du libre passage doit lui être transféré. C'est à vous d'annoncer votre entrée à l'institution de libre passage, et de donner à la nouvelle caisse le nom de cette institution.
Deux points à ne pas oublier. Un compte de libre passage ne vous assure ni contre l'invalidité ni contre le décès, sauf assurance complémentaire : passé le mois de couverture qui suit votre départ, le 2e pilier ne vous couvre plus, sauf au chômage (voir plus bas). Et l'argent y reste bloqué : il se retire au plus tôt cinq ans avant l'âge de référence, sauf pour les retraits anticipés décrits plus bas. Gardez chaque certificat et chaque décompte de sortie : ce sont les traces de vos caisses.
Un avoir perdu de vue ?
La Centrale du 2e pilier recherche les avoirs oubliés. Elle est tenue par le Fonds de garantie LPP, la fondation créée par la loi pour garantir les prestations des caisses devenues insolvables. En 2025, elle a traité 190'000 demandes, trouvé au moins un avoir dans 78 % des cas et attribué 269'000 avoirs. Dix ans après l'âge de référence, un avoir de libre passage que personne n'a réclamé est transféré au Fonds de garantie ; on peut encore le réclamer jusqu'aux 100 ans de l'assuré. Fin 2025, le Fonds gardait ainsi 45'475 avoirs oubliés, pour 313,4 millions de francs.
Au chômage
Quand vous touchez des indemnités de chômage, l'épargne vieillesse s'arrête : plus de bonifications, et votre avoir attend sur un compte de libre passage. Vous restez en revanche assuré contre le décès et l'invalidité, auprès de l'institution supplétive, si votre indemnité journalière (le montant versé par jour de chômage) dépasse 87.10 francs (montant 2026). Ce que deviennent l'AVS et le 3a au chômage est résumé dans la première partie du dossier.
Une règle protège les salariés âgés : licencié par votre employeur après 58 ans, vous pouvez rester assuré dans votre caisse comme avant, et même continuer à épargner. Vous payez alors vous-même les cotisations. Si ce maintien dure plus de deux ans, la prestation de vieillesse sera versée en rente, sauf si le règlement prévoit uniquement le capital.
Toucher son avoir avant la retraite
Le 2e pilier est bloqué jusqu'à la retraite, avec trois exceptions principales : acheter son logement, se mettre à son compte, quitter la Suisse. Si vous êtes marié, chacune exige le consentement écrit de votre conjoint.
Acheter son logement
Vous pouvez retirer votre avoir, ou le mettre en gage (le donner en garantie à la banque qui vous prête), pour acheter le logement que vous habitez : au moins 20'000 francs, une fois tous les cinq ans, au plus tard trois ans avant la retraite. Jusqu'à 50 ans, tout l'avoir peut y passer ; après 50 ans, au plus l'avoir que vous aviez à 50 ans, ou la moitié de votre avoir actuel. Le retrait réduit vos rentes futures, y compris en cas d'invalidité et de décès ; la caisse doit vous proposer une assurance complémentaire pour combler ce trou, ou vous aider à en conclure une. Il est imposé comme un capital, et il doit être remboursé si vous vendez le logement : vous pouvez alors demander, dans les trois ans qui suivent ce remboursement, qu'on vous rende l'impôt payé.
Se mettre à son compte
Si vous devenez indépendant et n'êtes plus soumis à la prévoyance obligatoire, vous pouvez retirer votre avoir en espèces. Vous pouvez aussi le laisser sur un compte de libre passage, ou vous assurer à titre facultatif, auprès de la caisse de votre profession ou de l'institution supplétive. Sans caisse de pension, vous pouvez verser davantage au 3a : jusqu'à 20 % de votre revenu d'activité, au plus 36'288 francs par an en 2026 (la quatrième partie l'explique).
Quitter la Suisse
En cas de départ définitif, vous pouvez demander votre avoir en espèces. Une exception, de taille : si vous vous installez dans un pays de l'Union européenne, en Islande ou en Norvège et que vous y êtes assuré obligatoirement contre la vieillesse, le décès et l'invalidité, la part obligatoire reste bloquée ; au Liechtenstein, elle l'est toujours. Elle attend alors sur un compte de libre passage en Suisse, et se retire au plus tôt cinq ans avant l'âge de référence. La part surobligatoire, elle, peut être versée. Pour établir si vous êtes assuré dans votre nouveau pays, vous pouvez remettre un formulaire au Fonds de garantie LPP, qui sert d'organe de liaison avec ces États : il interroge l'autorité du pays, puis informe votre caisse (pour la France, c'est à vous d'obtenir cette confirmation). 11'384 demandes ont été déposées en 2025.
L'impôt à la source vous suit
Un capital du 2e pilier ou du 3a versé à quelqu'un qui n'habite plus en Suisse subit toujours un impôt à la source : la caisse ou la fondation le retient directement sur le versement, même si l'argent arrive sur un compte suisse. L'impôt fédéral se calcule comme l'impôt sur les capitaux décrit plus bas ; le canton où la caisse ou la fondation a son siège y ajoute le sien.
Si votre nouveau pays a signé avec la Suisse une convention contre les doubles impositions (un accord qui dit lequel des deux États peut imposer) et qu'elle lui donne le droit d'imposer ce capital, l'impôt retenu vous est remboursé en entier, sans intérêts. Il faut le demander dans les trois ans qui suivent le versement, avec le formulaire officiel et une attestation du fisc de votre nouveau domicile confirmant qu'il connaît ce versement. Sans convention, ou si la convention laisse le droit d'imposer à la Suisse, l'impôt retenu est définitif. La date du versement et celle de votre départ comptent : avant de les fixer, demandez à votre caisse et au fisc comment elles s'articulent dans votre cas.
Le rachat : combler une lacune
Si votre caisse vous a assuré moins que ce que prévoit son règlement (arrivée tardive en Suisse, salaire qui a beaucoup augmenté, années sans caisse), votre certificat indique un rachat possible. Vous pouvez verser ce montant, en une ou plusieurs fois, et le déduire entièrement de votre revenu imposable (le revenu sur lequel l'impôt est calculé). Deux limites : si vous arrivez de l'étranger sans avoir jamais été affilié à une caisse suisse, vos rachats ne peuvent pas dépasser, pendant cinq ans, 20 % de votre salaire assuré par an ; et deux avoirs placés ailleurs réduisent d'autant le rachat possible : vos avoirs de libre passage restés hors de votre caisse, et la part de votre 3a qui dépasse ce qu'un salarié affilié à une caisse aurait pu y verser au plus depuis ses 24 ans, intérêts compris (le cas d'un ancien indépendant, par exemple). C'est l'un des rares moyens légaux de réduire fortement son impôt : plus votre revenu est élevé, plus l'économie est grande.
Arrivé en Suisse à l'âge adulte, vous aurez aussi des années manquantes à l'AVS : la deuxième partie explique la rente partielle et les accords avec les autres pays.
La règle · art. 79b LPP, art. 60a et 60b OPP 2
Les prestations qui résultent d'un rachat ne peuvent pas être retirées en capital pendant les trois ans qui suivent. Selon la pratique fiscale, un retrait en capital dans ce délai peut aussi faire perdre la déduction du rachat. Après un retrait pour le logement, il faut d'abord rembourser avant de racheter. Les rachats qui suivent un divorce échappent à ces limites.
Divorcer : trois piliers, trois règles
Un divorce partage la prévoyance des deux époux, mais chaque pilier a sa règle. Les mêmes règles valent, pour l'essentiel, pour la dissolution d'un partenariat enregistré.
- L'AVS : les revenus des années civiles complètes de mariage (sans l'année du mariage ni celle du divorce) sont partagés par moitié entre les ex-époux : c'est le splitting, que la deuxième partie explique. Vous pouvez le demander à votre caisse de compensation (la caisse AVS qui encaisse vos cotisations) dès le divorce ; sinon, il sera fait au plus tard au calcul de la rente.
- Le 2e pilier : le partage par moitié est la règle depuis 2000. Depuis 2017, on partage ce que chacun a épargné entre le mariage et le dépôt de la demande en divorce, y compris les avoirs de libre passage et les retraits pour le logement. La part attribuée est versée à la caisse de l'autre, ou sur son compte de libre passage. Si l'un touche déjà une rente de vieillesse, le juge partage la rente en tenant compte de la durée du mariage et des besoins de chacun ; la part attribuée devient une rente à vie pour l'autre. Les époux ne peuvent s'écarter du partage par moitié, ou y renoncer, que si chacun garde une prévoyance vieillesse et invalidité adéquate ; le juge peut aussi s'en écarter pour de justes motifs.
- Le 3a : il n'a pas de règle propre. Il entre dans le partage des biens du couple, selon leur régime matrimonial (les règles qui disent à qui appartiennent les biens). Le juge peut en attribuer tout ou partie à l'autre conjoint ; l'argent passe alors sur son 3a ou dans sa caisse de pension.
Celui qui a cédé une part de son avoir peut la racheter ensuite, sans les limites habituelles des rachats. Une exception : s'il touchait déjà une rente de sa caisse au dépôt de la demande en divorce, ce qui a été partagé à cause de cette rente ne se rachète pas.
À la retraite : rente ou capital
La rente est la règle. La loi garantit le droit de retirer au moins un quart de l'avoir LPP obligatoire en capital, et le règlement de la caisse peut aller jusqu'à 100 %. Si vous êtes marié, il faut le consentement écrit de votre conjoint. Attention au délai : le règlement peut exiger que vous annonciez votre choix à l'avance.
Ce que choisissent les retraités
Le capital gagne du terrain. Les chiffres de 2024, selon l'Office fédéral de la statistique (OFS) et l'OFAS, part surobligatoire comprise :
- Le choix : parmi ceux qui ont touché une première prestation de leur caisse, 45 % ont pris uniquement le capital, 36 % uniquement la rente et 19 % un mélange des deux.
- Le capital : les nouveaux retraités qui ont retiré tout ou partie de leur avoir en capital ont reçu en moyenne 280'210 francs. La moyenne cache de grands écarts : parmi tous ceux qui ont touché un capital du 2e pilier (d'une caisse ou d'un compte de libre passage), la moitié des femmes ont reçu moins de 82'942 francs, la moitié des hommes moins de 201'825 francs.
- Les nouvelles rentes : la moitié des hommes qui ont touché une première rente recevaient moins de 2'042 francs par mois, la moitié des femmes moins de 1'227 francs.
- Toutes les rentes de vieillesse en cours, anciennes comprises : 27'815 francs par an en moyenne, 18'474 francs pour les femmes et 34'524 francs pour les hommes.
Trois chiffres pour décider
Le choix est un arbitrage entre deux risques. La rente protège contre le risque de vivre très longtemps : elle est versée à vie. Le capital laisse la liberté et se transmet, mais il faut le gérer, et il peut s'épuiser. Fiscalement, la rente est imposée chaque année comme un revenu. Le capital est imposé une fois au retrait, à un taux réduit (voir plus bas) ; ensuite, ce qu'il en reste est soumis chaque année à l'impôt sur la fortune, et ses intérêts et dividendes à l'impôt sur le revenu. Trois ordres de grandeur aident à peser :
- La durée : en 2025, selon l'OFS, un homme de 65 ans pouvait encore espérer vivre 20,7 ans en moyenne, une femme 23,2 ans (chiffres provisoires). Ce sont des moyennes : une partie des retraités vit bien plus longtemps.
- Le point d'équilibre : au taux de conversion moyen des caisses (5,22 % en 2025), un capital dépensé au rythme de la rente, sans aucun rendement, dure environ 19 ans. Si vous vivez plus longtemps, la rente gagne ; si vous mourez avant, ce qui reste du capital revient à vos héritiers.
- L'inflation : la rente AVS est adaptée, en règle générale tous les deux ans, à l'évolution des prix et des salaires. La rente LPP de vieillesse ne l'est que si votre caisse en a les moyens : son organe paritaire (où salariés et employeurs siègent à parts égales) en décide chaque année. Avec un capital, c'est vous qui portez ce risque.
Au décès, la rente LPP continue à 60 % pour le conjoint, aux conditions vues plus haut, et pour le concubin seulement si le règlement le prévoit. Et si le capital s'épuise trop vite, les prestations complémentaires (l'aide versée aux retraités dont les revenus ne couvrent pas les besoins vitaux) ne rattrapent pas tout : à partir de dix ans avant la rente AVS de vieillesse, dépenser sans motif important plus de 10 % de sa fortune par an, ou plus de 10'000 francs par an si elle ne dépasse pas 100'000 francs, est compté comme si l'argent était encore là. La deuxième partie explique ces prestations.
La retraite à petits pas
Depuis 2024 et la réforme AVS 21, la retraite peut se prendre par étapes. À l'AVS, vous pouvez anticiper ou ajourner une partie de votre rente (la deuxième partie l'explique). Au 2e pilier :
- la loi permet de toucher sa prestation de vieillesse dès 63 ans, et de l'ajourner jusqu'à 70 ans si vous travaillez encore. Le règlement de la caisse peut prévoir un départ plus tôt, mais jamais avant 58 ans, sauf restructuration d'entreprise ou motif de sécurité publique ;
- la rente peut se toucher en trois étapes au plus, davantage si la caisse le permet ; le capital, en trois étapes au plus. Une étape regroupe tous les retraits en capital d'une même année civile ;
- le premier retrait partiel doit valoir au moins 20 % de la prestation de vieillesse, sauf si la caisse admet moins ;
- avant l'âge de référence, la part touchée ne peut pas dépasser la baisse de votre salaire : réduire son salaire de 40 % donne droit à 40 % de la prestation au plus.
Le projet AVS 2030 voudrait porter de 58 à 63 ans l'âge minimal que les caisses peuvent prévoir (voir plus haut).
Retraité avant l'âge de référence : l'AVS continue
Si vous arrêtez de travailler avant l'âge de référence, vous restez tenu de cotiser à l'AVS jusqu'à cet âge, comme personne sans activité lucrative. La cotisation se calcule sur votre fortune et sur vos rentes multipliées par 20 : une rente LPP ou un capital retiré la font donc monter. Si vous êtes marié, vous en êtes dispensé quand votre conjoint travaille encore et paie au moins 1'060 francs de cotisations par an.
L'impôt : rente, capital, fortune
Les rentes et les capitaux de l'AVS, de l'AI, du 2e pilier et du 3a sont imposables en entier. Les prestations complémentaires, elles, ne le sont pas. Ce qui change, c'est le moment et la manière.
La rente : un revenu chaque année
Une rente AVS et une rente LPP s'ajoutent chaque année à vos autres revenus dans la déclaration d'impôt, et sont imposées au barème ordinaire, comme un salaire.
Le capital : imposé une fois, à part
Un capital de prévoyance (2e pilier ou 3a) est imposé une seule fois, l'année du versement, à part du revenu et à un taux réduit :
- à l'impôt fédéral direct, un cinquième du barème ordinaire : au plus 2,3 % ;
- dans le canton de Vaud, un cinquième des taux de l'impôt sur le revenu depuis le 1er janvier 2022 (un tiers auparavant), multiplié par les coefficients cantonal et communal (les pourcentages que le canton et chaque commune appliquent à l'impôt ainsi calculé, dit « impôt de base »). Pour un million retiré à Lausanne par une personne seule, l'Administration fédérale des contributions (AFC) chiffre la charge cantonale et communale à environ 6,8 %.
Les capitaux retirés la même année s'additionnent, ceux des époux aussi, et le taux monte avec le montant. D'où l'intérêt d'échelonner : retirer son 2e pilier et ses comptes 3a sur des années différentes. En 2025, le Conseil fédéral a proposé d'alourdir fortement cet impôt pour les capitaux de plus de 100'000 francs, dans son programme d'allègement budgétaire ; le Parlement a refusé la mesure, et la loi est inchangée. Après le retrait, le capital devient une fortune comme une autre (voir « Trois chiffres pour décider »).
Les femmes, les temps partiels, les lacunes
Le 2e pilier est la principale source de l'écart de rentes entre femmes et hommes. En 2024, selon l'OFS, 53,7 % des femmes de 65 ans et plus touchaient une rente du 2e pilier, contre 73,1 % des hommes ; et quand elles en touchaient une, elle était environ 42 % plus basse. Toutes rentes confondues, l'écart était de 29,9 %. La cause n'est pas une discrimination de la loi, mais sa mécanique : un seuil d'entrée par employeur et une déduction de coordination fixe pénalisent les temps partiels et les carrières interrompues, et l'AVS est la seule à compenser les années consacrées aux enfants.
Lire son certificat de prévoyance
Chaque année, votre caisse vous envoie un certificat. Cinq lignes suffisent à le comprendre :
- Le salaire assuré (ou coordonné) : la part de votre salaire sur laquelle vous épargnez. Comparez-le à votre salaire réel.
- L'avoir de vieillesse : ce que vous avez épargné jusqu'ici, parfois séparé en part LPP et part totale.
- La projection à 65 ans, en capital et en rente, avec le taux de conversion de votre caisse.
- Les prestations de risque : la rente d'invalidité et la rente de conjoint en cas de décès, décrites plus haut. Elles comptent autant que l'épargne.
- Le rachat possible : le montant que vous pourriez verser pour combler votre lacune.
À retenir
Le 2e pilier est votre épargne, sur un compte à votre nom, alimentée par vous et votre employeur, et une assurance contre l'invalidité et le décès. La loi n'en fixe que le minimum : dès que vous gagnez plus de 22'680 francs chez un même employeur, votre salaire assuré est la part comprise entre 26'460 et 90'720 francs (3'780 francs au moins), avec des bonifications de 7 à 18 %, un intérêt d'au moins 1,25 % et une conversion à 6,8 % en 2026. Votre caisse fait souvent davantage, avec un taux de conversion plus bas. Lisez votre certificat, dites toujours à votre caisse où envoyer votre avoir quand vous partez, et faites le calcul avec le calculateur LPP. Pour la suite : le troisième pilier.
Cet article est une information générale. Il ne remplace ni le règlement de votre caisse, ni un conseil qui tient compte de votre situation.
Chiffres vérifiés le
Règles : LPP (RS 831.40), OPP 2 (RS 831.441.1), LFLP (RS 831.42), OLP (RS 831.425), OEPL et ordonnance sur la prévoyance professionnelle obligatoire des chômeurs (RS 837.174) ; Code civil, art. 122 à 124e (partage au divorce) ; OPP 3, art. 4 et 7 ; LAVS, art. 29quinquies, 29sexies et 33ter ; LIFD, art. 22, 24, 38 et 96 ; LHID, art. 13 ; LPC, art. 11a — dans leur version en vigueur au 2 octobre 2026. Séries 1985–2026 (taux minimal, taux de conversion, seuils, plafonds 3a) : OFAS, « Chiffres repères dans la prévoyance professionnelle 1985–2026 ». Votations : arrêtés publiés dans la Feuille fédérale. Statistiques : OFS, statistique des caisses de pensions 2024 (communiqué du 21.01.2026) et statistique des nouvelles rentes 2024 (communiqué du 27.11.2025, qui donne aussi la part des salariés de 25 ans à la retraite qui cotisent au 2e pilier, 92 % en 2020-2021) ; OFAS, Statistique de poche des assurances sociales 2026 (rentes moyennes par sexe, rentes de veuves, de veufs et d'invalidité 2024) ; OFS, espérance de vie à 65 ans en 2025 (communiqué du 2.4.2026, chiffres provisoires) ; CHS PP, rapport sur la situation financière des institutions de prévoyance en 2025 (taux de conversion appliqués, part obligatoire, rémunération, redistribution 2014–2025) ; Fonds de garantie LPP, rapport annuel 2025 (Centrale du 2e pilier, avoirs oubliés, Organe de liaison). Richesse produite : OFS, PIB 2024 à prix courants (854 milliards de francs). Rendement nécessaire de 4,9 % : OFAS, « L'essentiel en bref », votation du 7 mars 2010. Taux minimal 2027 : recommandation de la Commission fédérale de la prévoyance professionnelle du 31 août 2026. AVS 2030 : OFAS, projet mis en consultation du 20 mai au 11 septembre 2026. Histoire : message du Conseil fédéral du 19 décembre 1975, Dictionnaire historique de la Suisse, histoiredelasecuritesociale.ch (OFAS). Divorce à l'AVS : Centre d'information AVS/AI, mémento 1.02 « Splitting en cas de divorce », état 1.1.2024 ; cotisations des retraités anticipés : mémento 2.03, état 1.1.2026. Impôt à la source après un départ : art. 96 LIFD et ACI Vaud, directives 2026 sur l'imposition à la source des prestations de prévoyance (ch. 1.2 et 4.1). Impôt sur le capital : art. 38 LIFD et art. 49 LI vaudoise — des sources officielles. Les exemples appliquent le minimum légal 2026 avec un salaire constant : ils décrivent la loi, pas votre caisse.
Les barèmes suisses changent chaque 1er janvier. Après le 1er janvier qui suit cette vérification, contrôlez les chiffres avant de décider.