Argent
Inflation : pourquoi 1 % ne ressemble pas à votre ticket de caisse
Les prix ont augmenté de 1,0 % en un an, selon l'Office fédéral de la statistique. Le mazout, lui, de 65 %, et les primes maladie ne sont même pas comptées. Ce que mesure vraiment l'indice des prix, pourquoi chacun vit une autre inflation, et ce qu'elle coûte à votre épargne.
Le 1er octobre 2026, l'Office fédéral de la statistique (OFS) a publié son chiffre : en septembre, les prix étaient 1,0 % plus élevés qu'un an plus tôt. En août, c'était 0,8 %. Un chiffre bas, que la Banque nationale suisse (BNS) juge conforme à la stabilité des prix.
Dans le même communiqué, on lit pourtant que le mazout coûte 65 % de plus qu'il y a un an, le diesel 29 % et l'essence 20 %, et que les loyers ont pris 1,6 %. À l'inverse, le chocolat a baissé de 3,7 % et l'électricité de 3,0 %. Le 1 % est une moyenne. Cet article explique comment elle est faite, ce qu'elle ne voit pas, et ce qu'elle fait à votre argent.
Ce que mesure l'indice des prix
L'indice suisse des prix à la consommation (IPC) suit le prix d'un panier fixe de biens et de services, celui qu'achète un ménage moyen. Chaque mois, l'OFS et un institut qu'il mandate relèvent quelque 100'000 prix, en magasin, aux caisses, par téléphone et sur Internet, pendant les deux premières semaines du mois. Le résultat paraît au début du mois suivant.
La définition · OFS, « Qu'est-ce que l'IPC ? »
L'IPC indique de combien les consommateurs doivent augmenter ou diminuer leurs dépenses pour garder le même volume de consommation malgré les variations de prix. L'OFS précise lui-même que c'est « un indice des prix et non un indice du coût de la vie ».
Trois règles le font fonctionner :
- On compare le même produit, dans le même magasin, d'un mois à l'autre. Jamais des prix moyens.
- Les prix sont ceux qu'on paie : TVA et taxes comprises, promotions et soldes compris.
- Chaque poste pèse ce qu'il pèse dans le budget des ménages, d'après l'enquête de l'OFS sur le budget des ménages. Les poids sont revus chaque année en décembre. La base actuelle de l'indice est décembre 2025 = 100.
Voici le panier de 2026 :
| Groupe | Poids dans l'indice 2026 |
|---|---|
| Logement et énergie (loyer, électricité, chauffage) | 25,6 % |
| Santé (médecins, hôpital, médicaments) | 17,4 % |
| Transports | 10,7 % |
| Alimentation et boissons sans alcool | 10,3 % |
| Restaurants et hôtels | 9,6 % |
| Loisirs, sport et culture | 7,5 % |
| Boissons alcoolisées et tabac | 3,5 % |
| Autres biens et services | 3,4 % |
| Équipement et entretien du ménage | 3,3 % |
| Information et communication | 3,3 % |
| Habillement et chaussures | 2,4 % |
| Assurances et services financiers | 2,3 % |
| Enseignement | 0,9 % |
Le loyer, à lui seul, pèse près d'un cinquième de l'indice (19,5 %). Le mazout, qui fait les gros titres, n'en pèse que 0,4 %.
Ce que l'indice ne voit pas
L'IPC mesure la consommation. Il laisse de côté ce que l'OFS appelle les dépenses de transfert, et ce qui relève de l'épargne. Or ce sont souvent les plus grosses lignes du budget.
- Les primes d'assurance-maladie. Elles ne sont pas dans le panier. Ce qui y est, ce sont les prix des soins : la consultation, la nuit d'hôpital, la boîte de médicaments. Les primes servent seulement à donner son poids au groupe « Santé ».
- Les impôts directs, sur le revenu et la fortune, et les cotisations sociales. La TVA, elle, est comprise dans les prix : une hausse de TVA fait monter l'indice, une hausse de l'impôt sur le revenu non.
- L'achat d'un logement, et donc les intérêts hypothécaires. Pour les propriétaires, l'indice compte un loyer fictif, un « loyer imputé » qui suit l'évolution des loyers (3,9 % du panier). Une hypothèque qui renchérit n'y apparaît pas.
Le poids de ces exclusions est considérable. En 2023, selon l'enquête de l'OFS sur le budget des ménages, les impôts prenaient en moyenne 12,0 % du revenu brut, et les primes de l'assurance de base 6,7 %. Près d'un cinquième du revenu échappe ainsi à l'indice.
Exemple · la santé, qui baisse dans l'indice
L'indice « Santé » de l'IPC a baissé chaque année de 2020 à 2025 : de 0,8 % en 2020, puis de 0,2 à 0,6 % par an. En 2025, les primes de l'assurance de base ont pourtant augmenté de 5,7 %, selon l'indice des primes de l'OFS.
Il n'y a pas de contradiction. Les prix des soins, souvent fixés par des tarifs, ont peu bougé ; c'est la quantité de soins consommés qui augmente, et avec elle les primes. L'IPC mesure les prix, pas les quantités. Pour les primes, voir l'histoire des primes et le comparateur des primes 2027.
Pourquoi votre inflation n'est pas la moyenne
L'OFS le reconnaît dans son glossaire : le panier suit les dépenses moyennes, et « un ménage particulier peut avoir une perception différente ». Quatre raisons l'expliquent.
On retient les achats fréquents
Une étude publiée par le SECO en 2024 le résume : les consommateurs jugent l'évolution des prix d'après ce qu'ils achètent souvent, plutôt que d'après le poids des choses dans leur budget. Le pain, le café, le plein d'essence marquent plus que le loyer, qui ne change qu'une fois par an, ou que l'ordinateur, acheté tous les cinq ans. En septembre 2026, les biens qu'on use vite (alimentation, carburants, produits d'hygiène) étaient 1,8 % plus chers qu'un an plus tôt ; les biens durables (meubles, appareils, voitures), 0,5 % moins chers.
Chacun a son panier
L'année 2025 l'illustre. L'indice n'a pris que 0,2 %. Mais les loyers ont pris 2,4 % et les services 1,3 % ; ce sont les biens, en baisse de 1,7 %, qui ont tiré la moyenne vers le bas, et parmi eux les ordinateurs (−13,3 %). Un locataire qui n'a pas changé de télévision n'a pas vécu 0,2 %.
| Variation moyenne sur l'année | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Indice total | 2,8 % | 2,1 % | 1,1 % | 0,2 % |
| Loyers | 1,5 % | 1,6 % | 3,2 % | 2,4 % |
| Électricité | 2,4 % | 25,5 % | 17,8 % | −8,7 % |
| Mazout | 62,7 % | −16,9 % | −9,0 % | −8,2 % |
| Alimentation et boissons sans alcool | 1,7 % | 4,8 % | 0,1 % | −0,5 % |
| Produits importés | 6,7 % | 1,4 % | −1,5 % | −1,6 % |
Le locataire voit son loyer, qui pèse 15 % du panier ; le propriétaire chauffé au mazout voit sa citerne ; le ménage sans voiture ne sent pas le prix de l'essence. L'OFS ne publie plus d'indice par type de ménage depuis 2003, mais il propose une calculatrice individuelle du renchérissement, où chacun pondère les prix selon ses propres dépenses. Et pour le mazout, la veille du site relève les prix chaque matin.
La qualité est retirée du prix
Quand un ordinateur coûte le même prix qu'il y a deux ans mais va deux fois plus vite, l'OFS considère que son prix a baissé. Cette correction, dite hédonique, sert pour les ordinateurs et pour l'indice des loyers ; d'autres méthodes servent pour les voitures neuves ou les vêtements. Elle est juste en principe, mais elle ne se voit pas à la caisse : on paie le même montant.
Le franc pèse sur les produits importés
Un cinquième du panier (22 %) vient de l'étranger. Quand le franc se renforce, ces prix baissent : en 2015, l'année où la BNS a abandonné le cours plancher face à l'euro, les produits importés ont baissé de 4,7 % (voir le 15 janvier 2015). En septembre 2026, ils étaient au contraire 2,1 % plus chers qu'un an plus tôt, la BNS parlant d'un « affaiblissement du franc ».
La BNS et son « moins de 2 % »
La règle · art. 5 de la loi sur la Banque nationale
« La Banque nationale conduit la politique monétaire dans l'intérêt général du pays. Elle assure la stabilité des prix. Ce faisant, elle tient compte de l'évolution de la conjoncture. »
La loi ne donne pas de chiffre. C'est la BNS qui assimile la stabilité des prix à une hausse de l'IPC « inférieure à 2 % » par an. La déflation, une baisse durable des prix, est elle aussi contraire à son objectif. Pourquoi pas 0 % ? Notamment parce que l'indice surestime un peu le renchérissement, la qualité n'y étant pas entièrement prise en compte, comme la BNS l'écrit elle-même.
Le 24 septembre 2026, la BNS prévoyait une inflation moyenne de 0,7 % en 2026, puis de 0,8 % en 2027 et en 2028, en supposant que son taux directeur reste à 0 %. Ce que ce taux change à votre hypothèque, à votre épargne et à votre loyer : le taux directeur à 0 %.
Ce que l'inflation fait à votre argent
Ce que valent 100 francs d'autrefois
L'OFS publie l'indice depuis 1914. Une règle de trois suffit pour comparer deux années :
| 100 francs de | Il fallait, en 2025, pour acheter la même chose | Hausse des prix |
|---|---|---|
| 1990 | CHF 139.58 | +39,6 % |
| 2000 | CHF 115.17 | +15,2 % |
| 2010 | CHF 105.68 | +5,7 % |
Calcul de Parler Francs sur les moyennes annuelles de l'IPC (base juin 1914 = 100) : 100 × 1105,9 ÷ 792,3 = 139,58 pour 1990. Sur la même période, les loyers ont augmenté bien plus que l'ensemble : +84,6 % depuis 1990.
L'épargne qui rapporte moins que les prix
En août 2026, les banques interrogées par la BNS affichaient en moyenne 0,07 % d'intérêt sur un nouveau compte d'épargne. Avec 0,8 % d'inflation ce mois-là, le rendement réel est négatif : environ −0,7 % par an. L'argent placé garde son montant, mais il achète un peu moins chaque année.
Exemple · 100 francs sur un compte d'épargne, de 2016 à 2025
Placés début 2016 au taux moyen affiché chaque année, 100 francs sont devenus CHF 101.60 à fin 2025. Les prix ont augmenté de 7,6 % pendant ces dix ans. En francs de 2015, il reste un pouvoir d'achat de CHF 94.39.
Calcul de Parler Francs sur les taux publiés par la BNS et l'indice de l'OFS. Ce sont des taux affichés pour de nouveaux comptes, en moyenne : votre banque a pu payer un peu plus ou un peu moins. Et les intérêts sont imposables.
Les salaires réels
Un salaire qui augmente moins vite que les prix fait perdre du pouvoir d'achat. C'est ce qui s'est passé de 2021 à 2023. Les deux années suivantes ont rattrapé une partie du retard.
| Année | Salaires nominaux | Prix | Salaires réels |
|---|---|---|---|
| 2021 | −0,2 % | 0,6 % | −0,8 % |
| 2022 | 0,9 % | 2,8 % | −1,9 % |
| 2023 | 1,7 % | 2,1 % | −0,4 % |
| 2024 | 1,8 % | 1,1 % | +0,7 % |
| 2025 | 1,8 % | 0,2 % | +1,6 % |
Selon l'OFS, 2025 a été la meilleure année pour les salaires réels depuis 2009. Pourtant, leur indice reste à 99,2 points (base 2020 = 100) : en moyenne, le pouvoir d'achat des salaires n'a pas encore retrouvé son niveau de 2020.
Ce qui suit les prix, et ce qui ne les suit pas
- Les rentes AVS suivent l'indice mixte, la moyenne entre les salaires et les prix, en règle générale tous les deux ans (l'AVS, premier pilier).
- Les rentes de caisse de pension ne sont adaptées que si la caisse en a les moyens : une rente LPP fixe perd du pouvoir d'achat chaque année d'inflation.
- Un loyer indexé ne peut pas augmenter plus que l'IPC, et il doit baisser si l'indice baisse. Pour un bail ordinaire, le bailleur peut répercuter au plus 40 % de la hausse de l'IPC (art. 16 OBLF).
Un siècle de prix : les pics et les baisses
Le 1 % de 2026 paraît modeste à côté de l'histoire. Depuis 1950, l'inflation suisse a connu quatre poussées :
| Épisode | Année la plus forte | Mois le plus fort, sur un an |
|---|---|---|
| Les chocs pétroliers | 1974 : 9,8 % | Décembre 1973 : 11,9 % |
| Le second choc pétrolier | 1981 : 6,5 % | Septembre 1981 : 7,5 % |
| La bulle immobilière | 1991 : 5,9 % | Juin 1991 : 6,6 % |
| L'après-Covid et la guerre en Ukraine | 2022 : 2,8 % | Août 2022 : 3,5 % |
À l'inverse, les prix ont baissé en moyenne sur l'année en 2009, de 2012 à 2016 (sauf en 2014, à 0,0 %) et en 2020. Les années 2010 ont même connu, sur la décennie, une légère baisse des prix. De 1950 à 2025, le niveau des prix a été multiplié par cinq.
En 2022, l'inflation suisse a paru forte. Elle était trois fois plus faible que celle de la zone euro : 2,7 % contre 8,4 % en moyenne annuelle, selon l'indice harmonisé européen, calculé de la même façon des deux côtés. La zone euro a culminé à 10,6 % en octobre 2022.
À retenir
L'inflation de 1,0 % mesure un panier moyen, à qualité égale. Elle ne compte ni les primes maladie, ni les impôts, ni l'achat d'un logement, et chacun la vit selon son propre panier. Elle n'en grignote pas moins l'épargne : à 0,07 % d'intérêt, un compte d'épargne perd environ 0,7 % de pouvoir d'achat par an.
Cet article est une information générale, sans recommandation de placement.
Chiffres vérifiés le
Indice des prix à la consommation : OFS, communiqués du 3 septembre 2026 (août) et du 1er octobre 2026 (septembre) ; tableaux su-f-05.02.10 (longues séries depuis 1914, moyennes annuelles et taux mensuels) et su-f-05.02.66 (résultats détaillés et pondérations 2026), versions du 1er octobre 2026 ; brochure « L'indice suisse des prix à la consommation (IPC) – 2026 » (13 février 2026) ; pages « Qu'est-ce que l'IPC ? », FAQ, glossaire et calculatrice individuelle du renchérissement ; « Bases méthodologiques » de la base décembre 2020 (méthode hédonique, loyer imputé, pondération de la santé). Primes : OFS, indice des primes d'assurance-maladie 2025 (21 novembre 2025). Budget des ménages : OFS, enquête sur le budget des ménages 2023 (17 novembre 2025). Loyers : OFS, indice des loyers (version du 1er octobre 2026) ; OFL, taux de référence (1er septembre 2026) ; OBLF, art. 13, 16 et 17. Salaires : OFS, indice suisse des salaires 2025 (21 avril 2026). Épargne : BNS, portail de données, taux affichés pour les nouveaux dépôts d'épargne des particuliers (publication du 1er octobre 2026). Stabilité des prix et prévision : BNS, « Stratégie de politique monétaire » et communiqué du 24 septembre 2026 ; loi sur la Banque nationale, art. 5 (Fedlex). Perception des prix : SECO, étude n° 51 sur les anticipations d'inflation (mars 2024). Zone euro : Eurostat, indice des prix harmonisé. Ce que valent 100 francs d'autrefois et le rendement réel de l'épargne sont des calculs de Parler Francs sur ces tableaux officiels, pas des chiffres publiés.
L'OFS publie l'inflation au début de chaque mois : les chiffres de cet article sont ceux de septembre 2026, publiés le 1er octobre 2026. Ceux d'octobre paraissent le 3 novembre 2026.